L’été a suffisamment secoué la NBA pour nous offrir quelques associations que l’on aurait difficilement imaginées il y a encore quelques mois. Certaines paraissent presque trop parfaites pour échouer, d’autres suffisamment étranges pour qu’on ait précisément envie de les voir à l’œuvre. Il y a des duos construits pour gagner immédiatement, des couples de stars dont la complémentarité reste à démontrer, des vétérans censés guider une nouvelle génération et même quelques mariages qui pourraient se transformer en gigantesques expériences de laboratoire.
Pas question ici de classer les dix meilleurs duos de NBA. Shai Gilgeous-Alexander et Chet Holmgren, Nikola Jokic et Jamal Murray ou Jalen Brunson et Karl-Anthony Towns auraient évidemment leur mot à dire dans cette conversation. L’idée est différente : voici les dix associations que l’on a simplement le plus envie d’observer lorsque la saison 2026-2027 débutera.
Giannis Antetokounmpo-Bam Adebayo
Voilà probablement le duo le plus fascinant de tous. Miami a récupéré Giannis Antetokounmpo pour l’associer à Bam Adebayo et il suffit de réfléchir 30 secondes aux possibilités défensives pour commencer à sourire. Deux intérieurs capables de défendre loin du cercle, d’échanger les missions, de couvrir des espaces gigantesques et d’effacer les erreurs de leurs partenaires.
Le problème est évidemment à l’autre bout du terrain. Giannis reste l’un des attaquants du cercle les plus destructeurs de l’histoire, mais il a besoin d’espace. Bam est devenu plus aventureux à mi-distance et à 3 points, sans être devenu pour autant l’intérieur que l’on abandonne volontiers derrière l’arc pour créer de l’espace à un coéquipier. Erik Spoelstra va donc devoir trouver une façon de transformer une apparente redondance en force : jeu de transition, handoffs, Bam utilisé comme passeur, Giannis en screener, minutes décalées...
Humainement, le mariage semble presque trop logique. Deux stars qui ont construit leur réputation davantage sur leur travail, leur défense et leur compétitivité que sur la recherche de lumière. Mais il existe aussi une vraie question de territoire. Miami était l’équipe de Bam. Elle est désormais, qu’on le veuille ou non, celle de Giannis. À Adebayo de trouver comment devenir encore plus important en touchant peut-être moins souvent le ballon. Si ça fonctionne, bon courage pour aller marquer 50 points dans leur peinture.
Anthony Edwards-LaMelo Ball
On ne sait pas encore s’ils formeront le meilleur backcourt NBA. On peut déjà raisonnablement parier qu’ils seront celui dont les highlights circuleront le plus. Minnesota voulait depuis longtemps soulager Anthony Edwards d’une partie de la création et a payé cher pour faire venir LaMelo Ball. L’objectif est transparent : mettre un véritable organisateur à côté d’Ant, capable de déclencher l’attaque avant même que la défense soit installée.
Basketballistiquement, ça peut être délicieux. LaMelo adore accélérer, improviser, envoyer le ballon là où personne ne l’attend. Edwards est une bombe lorsqu’il reçoit lancé plutôt que lorsqu’il doit fabriquer chaque avantage lui-même. Ball peut également sanctionner derrière l’arc lorsque la défense se concentre sur Ant et, lorsque la possession devient moche à quatre secondes de la fin, Edwards reste Edwards.
C’est ailleurs que les interrogations apparaissent. LaMelo n’a jamais connu un environnement avec de telles ambitions et une telle exigence quotidienne. À Charlotte, son talent était parfois le sujet principal. À Minnesota, gagner sera le sujet principal. Partager le ballon avec une superstar qui considère légitimement l’équipe comme la sienne représentera également un apprentissage. Les personnalités semblent suffisamment joueuses pour produire des moments extraordinaires. Reste à savoir si leur basket saura également devenir sérieux lorsque mai arrivera.
Ja Morant-Damian Lillard
D’un côté, Ja Morant, qui a besoin de relancer sa carrière après plusieurs saisons mouvementées. De l’autre, Damian Lillard, revenu à Portland dans la dernière partie de sa carrière. Les Blazers ont décidé que ces deux trajectoires devaient désormais se croiser.
Sur le papier, l’association est étrange parce que les deux aiment organiser, manipuler le pick-and-roll et avoir le ballon. Mais elle peut justement devenir fantastique si Lillard accepte davantage de séquences sans ballon. Sa portée de tir peut créer des autoroutes à Morant, tandis que Ja possède encore la capacité d’effondrer une défense comme peu de guards en NBA. Le contraste est presque caricatural. L’un menace à dix mètres du cercle, l’autre veut décoller à trente centimètres de celui-ci.
Puis il y a l’aspect humain. Dame revient chez lui, dans une franchise dont il connaît absolument tous les codes. Morant arrive après plusieurs saisons où tout, de sa santé à son image en passant par son niveau sportif, a été interrogé. Lillard n’a pas besoin de jouer au grand frère en permanence, mais il pourrait devenir le partenaire idéal pour aider Ja à remettre le basket au centre de tout. Ou alors deux meneurs vieillissant de manières très différentes découvriront qu’un seul ballon, c’est parfois peu. Dans les deux cas, on regardera.
Jayson Tatum-Paul George
Boston a perdu Jaylen Brown et récupéré Paul George, qui doit désormais apprendre à fonctionner avec Jayson Tatum. Deux grands ailiers élégants, capables de shooter, créer après dribble, défendre plusieurs postes et jouer avec ou sans ballon.
À leur sommet respectif, le duo aurait semblé scandaleux. En 2026, la question est évidemment différente. George a 36 ans. Tatum revient lui aussi d’une période particulière de sa carrière. Boston ne demande donc plus à PG d’être l’équivalent exact de Brown. Au contraire, il doit devenir une version plus expérimentée, plus cérébrale et probablement moins explosive du lieutenant de Tatum.
C’est précisément ce qui peut rendre le duo intéressant. George n’a plus besoin de prouver qu’il peut être le patron d’un contender. Tatum, lui, n’a plus à se demander à qui appartient Boston. La hiérarchie devrait être plus claire qu’elle ne l’a été dans beaucoup d’équipes de PG. Le risque concerne plutôt les corps et la création. Lorsque Tatum sera contenu, George peut-il encore produire régulièrement les séquences d’isolation dont une équipe championne a besoin ? Si oui, le remplacement de Brown pourrait se révéler beaucoup moins douloureux que prévu.
Kawhi Leonard-Scottie Barnes
Kawhi Leonard retrouve la franchise avec laquelle il a vécu le sommet absolu de sa carrière. Mais contrairement à 2019, Toronto n’attend pas qu’il arrive pour devenir immédiatement son unique centre de gravité. Scottie Barnes est devenu All-Star, l’un des meilleurs défenseurs de la ligue et le visage du projet Raptors.
Techniquement, les deux peuvent créer une défense cauchemardesque avec de la taille, de la puissance et une capacité à switcher évidente. Toronto pourra construire des cinq où pratiquement personne n’est attaquable. Offensivement, c’est plus subtil. Barnes adore toucher le ballon, créer depuis différents endroits et imposer sa polyvalence. Kawhi fonctionne beaucoup dans ses zones préférentielles et demeure un scoreur extraordinairement méthodique. Il faudra éviter que l’un regarde l’autre travailler.
Et si les Raptors étaient l'équipe qui allait choquer l'Est ?
Ce qui rend l’histoire belle, c’est presque la transmission symbolique. Leonard revient comme le héros d’un autre temps auprès d’un Barnes qui tente justement de conduire Toronto vers sa prochaine époque. Kawhi n’a jamais été un mentor démonstratif traditionnel. Barnes, lui, déborde souvent d’énergie. Deux personnalités opposées, deux générations et potentiellement l’une des meilleures paires d’ailiers de la conférence Est.
LeBron James-Joel Embiid
On aurait pu choisir LeBron-Maxey ou Embiid-Jaylen Brown tant les Sixers ont empilé les noms. Mais l’association la plus fascinante reste celle-ci. LeBron James, 41 ans, a choisi Philadelphie pour ce qui pourrait être sa dernière tentative de titre. Joel Embiid est toujours capable d’être l’un des joueurs les plus dominants du monde lorsque son corps l’autorise à le faire, ce qui n'arrive malheureusement plus très souvent.
Le fit technique est en réalité assez naturel. Embiid offre à LeBron un pivot capable de popper, de punir les switches et d’absorber une énorme quantité d’attention dans la raquette. James reste un passeur suffisamment exceptionnel pour trouver Embiid exactement là où il préfère recevoir. Le plus intéressant pourrait toutefois être le chemin inverse. LeBron peut-il accepter de passer certaines soirées comme facilitateur secondaire afin d’économiser son corps et celui d’Embiid ?
Car tout revient finalement à la disponibilité. LeBron entre dans une 24e saison NBA et la santé d'Embi conditionne celle des Sixers. Il y aura sans doute des moments où Philadelphie aura l’air absurdement surdimensionné. La vraie question sera de savoir combien de fois cette version-là pourra être présentée en avril et en mai. C’est peut-être un duo de champions. C’est peut-être aussi le duo dont on parlera le plus souvent en regardant l’injury report.
Luka Doncic-Walker Kessler
Certaines associations séduisent par les noms. Celle-ci séduit presque uniquement par le basket ou en tout cas l'idée que l'on se fait de la collaboration. Les Lakers ont récupéré Walker Kessler afin notamment de donner à Luka Doncic un partenaire de pick-and-roll particulièrement adapté à son jeu.
Pour Kessler, difficile d’imaginer meilleur environnement offensif. Doncic a passé sa carrière à transformer des pivots capables de rouler vers le cercle en menaces permanentes. Kessler termine près du panier et peut sanctionner verticalement une défense dès qu’elle offre quelques centimètres. Le simple fait de poser un écran à Luka crée déjà un problème.
Le défi sera davantage du côté de Kessler. Les Lakers ont suffisamment misé sur lui pour que « faire son boulot » ne suffise pas. Il doit devenir une ancre défensive et comprendre qu’avec Doncic chaque écran, chaque angle de roll et chaque seconde d’hésitation comptent. Ce n’est pas le duo le plus glamour de cette liste. Il pourrait pourtant être l’un de ceux qui modifient le plus profondément le plafond de leur équipe.
Cooper Flagg-Zaccharie Risacher
Le numéro 1 de la Draft 2025 avec le numéro 1 de la Draft 2024. Cooper Flagg et Zaccharie Risacher sont encore extrêmement jeunes et Dallas a décidé de les réunir alors que la franchise ouvre un nouveau chapitre.
Ce qui fascine ici est moins le présent que l’idée de ce qu’ils pourraient devenir ensemble. Flagg est celui autour duquel tout semble devoir s’organiser, à commencer par l'identité de l’équipe. Risacher n’a justement pas besoin d’occuper autant d’espace. Sa taille, son déplacement sans ballon, son potentiel au shoot et sa capacité à défendre les ailes peuvent en théorie faire de lui un partenaire extrêmement naturel.
Mais il existe une pression particulière sur le Français. Être ancien numéro 1 de Draft et devenir rapidement « l’autre jeune » de son équipe n’est pas une transition anodine. À Dallas, il peut soit essayer de rappeler constamment qu’il fut lui aussi choisi en première position, soit profiter de Flagg pour construire tranquillement une identité différente. Humainement, cette deuxième voie serait évidemment la plus intéressante. Deux jeunes joueurs n’ont pas besoin de devenir Batman et Batman. Parfois, construire quelque chose de grand commence par accepter que les trajectoires n’avancent pas à la même vitesse.
Kevin Durant-Amen Thompson
CHouston avait fait venir Kevin Durant pour franchir immédiatement un cap et, à 37 ans, KD a encore montré qu’il restait de très loin le scoreur le plus fiable de cette équipe : 26 points de moyenne à 52 % au tir et plus de 41 % à 3 points. Amen Thompson, lui, a continué son ascension avec 18,3 points, 7,8 rebonds et 5,3 passes, tout en demeurant l’un des profils défensifs les plus impressionnants de la ligue.
Leur complémentarité est presque trop belle sur le papier. Durant reste une anomalie offensive, capable de produire un bon tir sans avoir besoin d’un système particulièrement sophistiqué. Amen est pratiquement son négatif photographique, c'est à dire un joueur encore très limité derrière l’arc mais qui apporte de la pression sur le cercle, du rebond, de la création et surtout une dimension athlétique et défensive que KD ne peut évidemment plus assumer de la même manière. Thompson peut prendre le meilleur extérieur adverse, couvrir des espaces immenses et courir pour deux. Durant peut faire ce qu’Amen ne sait toujours pas faire : offrir des points propres lorsque le terrain rétrécit.
Amen Thompson à 208 millions, pourquoi Houston a autant misé sur lui
La vraie question n’est peut-être plus seulement leur complémentarité. Qui est le meilleur joueur des Rockets ? Qui est leur joueur le plus important ? Et surtout, est-ce forcément la même personne ? Durant demeure leur référence offensive et probablement leur valeur la plus sûre lorsque le match devient compliqué. Dans le même temps, l’investissement de Houston sur Thompson, prolongé pour 208 millions de dollars, montre assez clairement à quel point la franchise le considère désormais comme une pièce centrale de son avenir.
Et il ne faudrait surtout pas sortir Alperen Sengun de l’équation. Il reste All-Star, a encore tourné à 20,4 points, 8,9 rebonds et 6,2 passes la saison dernière et demeure l’un des joueurs autour desquels l’attaque peut s’organiser. Mais l’explosion définitive que certains attendaient n’a pas vraiment eu lieu. Le Turc a plutôt consolidé son niveau pendant qu’Amen se rapprochait de lui, voire le dépassait dans certaines conversations autour de la hiérarchie de cette équipe.
C’est justement ce qui rend Houston passionnant. La saison précédente, on pouvait encore voir Durant comme la superstar importée pour accompagner Sengun et les jeunes. Aujourd’hui, le paysage est beaucoup moins net. KD est peut-être toujours le meilleur. Amen est peut-être déjà le plus indispensable. Sengun peut encore très bien rappeler qu’il devait être le cœur du projet. Il n’y a pas forcément besoin de trancher immédiatement, mais il faudra que cette hiérarchie se construise naturellement.
Victor Wembanyama-De’Aaron Fox
Il y a un an, présenter Victor Wembanyama et De’Aaron Fox comme le tandem majeur des Spurs n’aurait suscité quasiment aucune discussion. Aujourd’hui, c’est déjà beaucoup moins évident. Pas à cause de Wembanyama, évidemment, mais plutôt de ce qui pousse derrière Fox.
San Antonio vient d’aller jusqu’aux Finales et, au fil de ce parcours, Dylan Harper s’est comporté beaucoup plus vite que prévu comme un joueur destiné aux très grands rendez-vous. Le rookie a notamment tourné à 18 points et 6,4 rebonds en Finals, avec des pointes à 21 et 25 points sur les deux dernières rencontres de la série. Avant cela, Stephon Castle avait lui aussi pris une place considérable dans l’organisation, jusqu’à tourner à 18 points et 7,6 passes en finale de conférence.
Forcément, la question commence à se poser : est-ce que le backcourt du futur de San Antonio n’est pas plutôt Castle-Harper ? Pour certains, l’avenir est tellement séduisant que la tentation existe déjà de brûler les étapes. Harper est immense pour son poste, agressif, créateur, à l’aise au contact et a donné pendant les playoffs l’impression d’être totalement imperméable à la pression. Castle possède de son côté la défense, la puissance et une vraie capacité à organiser. Le fantasme d’un trio Castle-Harper-Wembanyama capable de grandir ensemble pendant dix ans est évidemment facile à comprendre.
C’est précisément pour cela que Fox devient encore plus intéressant à suivre. Son challenge n’est plus simplement de s’adapter à Victor. Il l’a déjà fait. On a même vu les deux hommes apprendre à inverser ponctuellement leur relation. Fox n’est pas condamné à être systématiquement celui qui crée pour Wembanyama, et Victor peut au contraire servir de point d’appui, de screener ou de leurre pour laisser son meneur attaquer. Cette première saison commune a permis de construire quelque chose. La deuxième doit permettre de démontrer que ce quelque chose mérite encore une place centrale.
Car Fox, lui, n’a aucune intention de devenir le vétéran sympathique que l’on sort du cinq pour faire de la place aux jeunes. Il a 28 ans, reste dans son prime et a encore produit 18,6 points et 6,2 passes de moyenne en saison régulière. Ses Finales ont en revanche été beaucoup plus compliquées, avec 12,8 points à seulement 34,3 % au tir, pendant qu’Harper prenait une dimension nouvelle. Voilà qui crée une vraie tension sportive pour 2026-2027. Fox doit rappeler qu’il n’est pas simplement un pont vers le futur, mais qu’il peut encore être le meneur d’une équipe qui veut gagner le titre maintenant.
