« Je le détruisais et j’adorais ça », racontait l’intéressée.C’est d’ailleurs à force d’affronter son aînée, plus grande et lus forte, que Reggie a développé une mécanique de tir très particulière – pour ne pas dire bizarre – afin d’éviter les longs bras et donc les blocks. Pendant longtemps, son nom référait de suite à son héroïne dont il suivait les traces. Son numéro, le 31, était celui de sa sœur. Mais c’est en brillant avec UCLA qu’il a commencé à attirer les regards des recruteurs NBA et à se faire sa propre réputation. Superstar de la prestigieuse université californienne, il a été drafté en onzième position en 1987… sous les sifflets des supporteurs des Pacers. Ces derniers préféraient Steve Alford, originaire de l’Indiana. Un pur produit local. Miller a très vite conquis son public. En s’imposant comme un titulaire dès sa deuxième saison (16 points par match) puis en s’affirmant comme la première option d’une équipe solide continuellement candidate aux playoffs. C’était même un All-Star dès 1990, sa troisième année en NBA, avec 24 pions de moyenne. Quand Reggie Miller collait 57 points en un match
Knicks Killer
Deux ans plus tard, en 92, il claquait 57 points sur la tronche des Hornets. C’est toujours un record de franchise à l’heure actuelle. Mais c’est surtout en playoffs que le scoreur frêle s’est vraiment fait un nom. En faisant des misères aux Knicks et en démontrant un sang-froid à toute épreuve dans les moments les plus chauds des matches les plus tendus de l’année. Comme ses 39 unités passées au Madison Square Garden lors du Game 5 des finales de Conférence en 1994. Avec 25 points rien que dans le quatrième quart temps. New York, à l’époque, c’était costaud. Défensif. Brutal. Vicieux. Pourtant, le joueur longiligne se frayait un chemin entre les colosses, sans reculer, avant de finir au cercle. Ou il balançait des missiles de loin avant de narguer Spike Lee sur la touche. Les Pacers se sont tout de même inclinés en 7 manches cette année-là. Le meilleur restait à venir. 1995. La revanche. Cette fois-ci au second tour des playoffs. Les deux formations se retrouvent une fois de plus. Il reste 18,7 secondes à jouer quand les Knicks mènent 105 à 99 en ouverture de la série. Moment choisi par Reggie Miller pour entrer dans l’Histoire. En trois actions, il a choqué le Garden. D’abord avec un panier à trois-points express. Puis en volant la gonfle sur la remise en jeu, tout ça pour se placer derrière l’arc et envoyer une nouvelle banderille ! Quelques instants plus tard, après un raté de Patrick Ewing, il convertissait les deux lancers-francs pour la gagne. 107-105. 8 points en 9 secondes. Indiana l’a emporté en 7 manches… avant de tomber contre Orlando au tour suivant.L’ennemi de Michael Jordan
« Je ne détestais pas vraiment quelqu’un en particulier en NBA. Mais affronter Reggie Miller me rendait fou. C’était comme une dispute avec une femme. Tout son jeu se repose sur le ‘flopping’. Il pèse à peine 84 kilos donc il faut faire attention à ne pas le toucher sinon il y a faute. En attaque, je le dégageais avec mes 98 kilos. Mais il n’arrêtait pas de mettre ses mains sur moi, comme une femme qui vous tient par la taille. Je voulais juste défoncer ses mains. Ça me rendait dingue. »Voilà comment Michael Jordan résumait ses duels avec Reggie Miller dans les années 90. Parce qu’après avoir fait des misères aux Knicks, le natif de Riverside s’est frotté à une autre franchise mythique. Les Bulls. Toujours avec le même style particulier. Les coups en douce, les plongeons, les missions suicides dans la raquette et les bombes de loin. Joueur à 20 points et plus pendant la saison régulière, il haussait encore son niveau de jeu pendant les playoffs. Surtout quand il fallait affronter un monument comme MJ.
« Je me souviens qu’au début de ma carrière, on jouait contre Chicago et Mike était en manque de réussite ce soir-là. Je l’ai regardé et je lui ai dit ‘c’est toi Michael Jordan ?’ Je n’ai marqué que deux points en deuxième mi-temps. Et lui beaucoup plus. Alors qu’il sortait du terrain à la fin du match, il me balance ‘ne parle plus jamais comme ça au Black Jésus.’ Et à partir de ce moment là, j’ai arrêté de l’appeler Michael Jordan. Je l’appelais Jordan ou Black Jésus ou le Black Cat. Mais je ne l’ai plus jamais appelé Michael Jordan. »Si MJ intimidait la plupart des joueurs NBA, Miller en avait vu d’autres. Depuis Cheryl, plus aucun adversaire ne pouvait lui faire peur. Alors il affrontait Jojo les yeux dans les yeux. Avec moins de talent, certes, mais énormément de détermination. C’est en 1998 que les deux stars se sont livrées à un duel fantastique sur le devant de la scène. Finales de Conférence Est. 2 manches à 1 pour Chicago et 3 secondes à jouer dans le Game 4. 94-93 pour les Bulls. Remise en jeu pour les Pacers. Parti de la ligne de fond, Reggie Miller remonte à toute allure derrière l’arc, bousculant Jordan au passage, avant de réceptionner la gonfle, de se retourner vers le cercle en une fraction de seconde et de dégainer. Bingo. Victoire d’Indiana ! Incroyable !
« Je savais que Michael allait changer sur moi. Donc je lui ai rentré dedans et je l’ai légèrement – légèrement – poussé un petit peu pour me créer de l’espace. Le reste appartient à l’Histoire », raconte le héros du soir des Pacers.La série a tout de même tourné à l’avantage des Bulls, vainqueurs lors d’un Game 7 très serré. Il n’a pas battu Michael Jordan en playoffs. Mais il n’est pas passé loin.
