Il ne fallait sans doute pas grand-chose pour que la Coupe du monde bascule dans une autre dimension dès son troisième jour. Un tir de Cecilia Zandalasini qui rentre, une prolongation qui tourne mal et Team USA aurait subi sa première défaite dans un Mondial depuis 2006. Les Américaines ont finalement survécu face à l’Italie (55-52), mais l’impression laissée est presque aussi intéressante que le résultat : cette équipe est peut-être beaucoup plus vulnérable qu’on ne l’imaginait avant le tournoi.
Bien sûr, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. Les Etats-Unis restent les immenses favorites, possèdent un réservoir de talents sans équivalent et viennent tout de même de gagner un match dans lequel pratiquement rien ne fonctionnait. C’est aussi ce que font les grandes équipes. Mais voir Team USA terminer à 29% au tir, à 1/12 derrière l’arc, avec 14 ballons perdus pour seulement 11 passes décisives et seulement 55 points au compteur n’a rien d’anodin. Surtout face à une Italie courageuse et remarquablement organisée, mais qui n’était certainement pas annoncée parmi les principales candidates au titre.
Une hiérarchie américaine encore floue
Ce qui interpelle peut-être davantage que la maladresse, c’est l’impression que Kara Lawson cherche encore la bonne formule. La transition générationnelle est là, sous nos yeux, mais elle n’est pas encore totalement assumée.
Breanna Stewart a attendu son neuvième tir pour inscrire son premier panier et terminé à 1/9. Napheesa Collier n’a marqué que 6 points et semble totalement hors de forme. Chelsea Gray, même si elle a été précieuse dans les dernières minutes, n’a pas donné pendant 40 minutes cette impression de maîtrise que l’on associe généralement à Team USA. Avec Kahleah Copper, les quatre rescapées des Jeux de Paris présentes dans le groupe ont cumulé un très vilain 5/23 au tir. Derrière elles, personne n’a encore réellement pris les clés.
Caitlin Clark, brillante contre la Chine, est passée complètement à côté avec un seul point et aucun panier en six tentatives. Paige Bueckers et Angel Reese ont eu quelques bonnes séquences, mais on ne sent pas encore une équipe construite autour de cette nouvelle génération. Dans les moments où le match menaçait vraiment de leur échapper, les Américaines se sont raccrochées à ce qu’elles connaissent : les cadres, avec Jackie Young en sauveuse inattendue et Gray pour sécuriser les dernières possessions.
Les Bleues dominent la Corée en mode diesel
Ce n’est évidemment pas un problème insoluble. Il reste du temps à Lawson pour déterminer qui doit créer, qui doit terminer les matches et comment utiliser toutes ces armes. Mais dans un tournoi aussi court, cette absence de hiérarchie offensive claire peut devenir dangereuse. L’absence d’A'ja Wilson, surtout, change considérablement la donne : il n’y a plus cette solution évidente vers laquelle se tourner lorsque tout se dérègle.
Et si la France pouvait vraiment le faire ?
Voilà forcément de quoi donner quelques idées aux Bleues. La France n’a pas encore rencontré une opposition du calibre des Etats-Unis, mais ses deux premiers matches ont montré exactement ce qui pourrait déranger cette équipe américaine : de l’agressivité défensive, de la longueur, énormément de rotations, du rythme et plusieurs joueuses capables de créer sans avoir besoin que tout le jeu soit organisé autour d’elles. L’Italie a réussi à casser complètement le rythme américain avec sa zone et son activité. Imaginez ce que la défense française peut provoquer lorsqu’elle commence à multiplier les prises à deux, les changements et les interceptions.
Et contrairement à certaines éditions précédentes, il existe aussi suffisamment de talent offensif pour ne pas simplement espérer tenir le score. Gabby Williams, Marine Johannès, Dominique Malonga, Carla Leite et les autres apportent des profils très différents. La France peut courir, shooter, attaquer le cercle ou jouer sur la puissance intérieure de Malonga. Elle n’a évidemment pas la profondeur individuelle de Team USA, personne ne l’a, mais elle dispose peut-être de quelque chose que les Américaines cherchent encore : une identité.
Le tableau ajoute une petite dose de rêve supplémentaire. Françaises et Américaines sont déjà qualifiées pour les quarts et ne pourront pas se retrouver avant une éventuelle finale. Beaucoup de choses doivent évidemment se passer avant d’imaginer un remake de Paris 2024. L’Australie, la Belgique, l’Espagne et quelques autres ont également leur mot à dire.
Mais le 67-66 de la finale olympique avait déjà montré que l’écart entre les deux nations n’était plus celui d’autrefois. Deux ans plus tard, les Etats-Unis sont privés de Wilson et semblent en plein passage de témoin entre deux générations. Dimanche soir, l’Italie est passée à un tir de faire tomber l’empire. Alors oui, Team USA reste favorite. Mais pour la première fois depuis longtemps, regarder les Américaines ne donne pas seulement envie de se demander qui terminera deuxième.
Et si ?
