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Trae Young, premier fils déclaré de Stephen Curry

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Trae Young est le premier disciple de Stephen Curry à débouler prochainement en NBA. Si l'élève ne dépassera peut-être pas le maître, il peut continuer à porter le mouvement.

Le cycle est bien connu des passionnés de sports, notamment en NBA. Quand un basketteur mène une révolution, il inspire forcément des disciples qui suivent le mouvement. Les copies, rarement conformes, se multiplient comme des petits pains des années après les exploits de la version originale. Au levé de 2018, Stephen Curry, drafté en 2009 et double MVP en 2015 et 2016, a fait des petits. La nouvelle génération de jeunes joueurs est la première à avoir grandi en admirant le meneur de jeu des Golden State Warriors. Trae Young est le fils aîné, le premier reconnu à la mairie par Steph.

Le nom ne vous disait peut-être rien il y a encore quelques mois. Mais si vous suivez un peu l’univers NCAA, vous avez sans doute déjà entendu parler des exploits du bonhomme. Et si ce n’est pas encore le cas, cela ne devrait pas tarder. Passé sous les radars des scouts (il n’était pas considéré parmi les principales attractions de la prochaine saison universitaire à sa sortie du lycée), le freshman des Sooners n’a cessé de faire grimper sa cote à la force de son poignet depuis qu’il a pris place sur les bancs de la faculté d’Oklahoma. Le voilà aujourd’hui cité comme l’un des prospects les plus talentueux et les plus prometteurs d’une draft 2018 décidément bien alléchante. Young s’est invité au bal de Luka Doncic et des beaux bestiaux que sont Deandre Ayton, Marvin Bagley III, Mo Bamba et le blessé Michael Porter Jr (out pour la saison).

Pour les amateurs de stats, le phénomène Trae est chiffré. Il est tout simplement le meilleur marqueur et le meilleur passeur du pays. 29,2 points à 45%, 39% à trois-points en dix tentatives et 10,1 passes par rencontres. Avec quelques cartons bien mémorables, notamment ses 43 points contre Oregon le 26 novembre dernier. Il n’est pas descendu une seule fois sous la barre des 26 unités depuis, et ce tout en distribuant le jeu de son équipe. Pour preuve ce match à 22 passes, là encore un record NCAA (égalé).

La « Hype » est née et elle est très, très, très puissante chez le jeu padawan. Son maître, Stephen Curry, était tout trouvé.

« Il a changé le jeu et ça correspond parfaitement au basket que je pratique », explique le jeune homme de 19 ans qui admet volontiers que la superstar NBA a façonné sa manière de jouer. « J’enregistrais tous ses matches et je les regardais avant d’aller me coucher. J’observais sa façon de faire, comment les Warriors bougeaient sans le ballon ou la manière dont Stephen Curry impliquait ses coéquipiers tout en créant pour lui-même. J’adore le regarder jouer. »

L’influence est réelle. La comparaison aussi. Elle est d’abord d’ordre physiologique. Aussi absurde que cela puisse paraître, la révolution menée par Curry a presque été physique. Avec son gabarit « normal » en comparaison des colosses NBA, il a démontré qu’il était possible de briller – vraiment briller – au basket sans avoir la vitesse de sprint d’un John Wall, la puissance d’un LeBron James ou la taille d’un Shaquille O’Neal. Avec ses 188 centimètres, Trae Young ne fait baliser personne. Il n’est pas forcément musclé. Plus ou moins forgé dans le même moule que son idole. Par contre, c’est un baller.

Dans le jeu, il y a encore du Steph. Ça bombarde, vite et de partout. Presque dix tentatives derrière l’arc par match donc. Complètement fou. Un reflet du basket moderne avec des tirs de plus en plus lointains. En sortie de dribbles, en sortie d’écran. A n’importe quel moment d’une possession. Il n’y a personne pour vraiment l’arrêter en NCAA.

Le point positif, c’est que ce n’est justement pas que ça. Le natif du Texas a pris les principaux attributs de Curry mais il a compris que les pouvoirs du double champion NBA s’étendait bien au-delà de son shoot ou de la ligne à trois-points. Young tend à être un attaquant complet. Il est capable de provoquer la défense sur le pick-and-roll. Il est ingénieux et efficace sur les drives. Sa vision du jeu est exceptionnelle, ce qui lui a valu une brève mais flatteuse comparaison avec Magic Johnson. C’est un excellent passeur, en avance sur ses adversaires.

En réalité, son adresse extérieure est l’élément déclencheur de son jeu. Il s’en sert pour mettre une pression constante sur la défense. Comme papa. La menace que représentent ses missiles lointains pousse ses adversaires à rester en alerte. Ils ne peuvent pas se relâcher devant lui. Ni physiquement, ni mentalement. Et c’est épuisant. C’est cette capacité à shooter qui lui ouvre des espaces. Il peut alors manœuvrer plus facilement et même paraître plus rapide quand il agresse un défenseur aux jambes tout le temps fléchies car sous tension. En tout cas Stephen Curry l’a déjà validé (LeBron James aussi).

« Il est incroyable. Il joue avec tellement de confiance. J’appelle ça le flaire mais il l’air d’être tout le temps calme et de savoir ce qu’il fait sur le terrain. Il shoote beaucoup de loin et il a une créativité dans son jeu qui le rend très agréable à regarder », témoignait le modèle.

Quelle évolution l’attend désormais en NBA ? Il y a encore beaucoup de boulot à accomplir. Les défenseurs y sont plus grands. Les équipes mieux préparées. Jusqu’où peut finalement aller un joueur déjà aussi technique à son âge sans avoir les caractéristiques des « Freaks » qui peuplent de plus en plus la grande ligue ? Quid de sa marge de progression, lui qui est pourtant encore très jeune ? Ses concurrents – Doncic mis à part – ont un arsenal moins séduisant mais ils ont des physiques absolument hors du commun. Le shoot, le dribble, les moves, ça s’apprend. Même si l’instinct est souvent inné. La taille, en revanche, ça ne s’apprend pas. De quoi convaincre les dirigeants NBA de piocher Ayton, Bagley et compagnie avant Trae Young.

Combien de mastodontes la ligue a-t-elle connu avant d’avoir un Stephen Curry ? Combien d’échecs et de destins brisés par des attentes trop grandes faudra-t-il avant de retrouver un joueur de sa trempe ? La version évoluée ne vient généralement que beaucoup plus tard. Pas seulement cinq ans après l’explosion du prototype. Combien de Jerry Stackhouse, d’Isiah Rider et compagnie avant d’avoir un Kobe Bryant successeur de Michael Jordan ? LeBron domine la NBA depuis plus de quinze ans et c’est seulement maintenant que des Giannis Antetokounmpo ou des Ben Simmons tapent à la porte pour se poser en futurs rois. Tous les blancs, grands qui savent shooter ont un jour été comparés à Dirk Nowitzki. Mais ce n’est qu’aujourd’hui que Kristaps Porzingis et Lauri Markkanen pointent le bout de leur nez.

Et encore, il n’est même pas dit que ces gars-là approchent un jour le niveau stratosphérique de leurs aînés. Trae Young est fort mais où se situe-t-il réellement sur une échelle allant de Shabazz Napier (No Offense) à Curry ? Il a quand même les atouts pour briller au sein de cette NBA plus portée que jamais sur le jeu rapide et le tir extérieur. De là à en faire un top pick et une future superstar, c’est certainement une conclusion hâtive menée par l’engouement suscité par le garçon. Mais il s’impose quand même comme le premier descendant de Steph, le plus à même de reprendre le flambeau et de continuer le combat en attendant la prochaine révolution.