Refuser un lay-up pour un tir à 3 points ouvert, quel sens ça a ?

Dimanche de Pâques, 7 heures de train, ça laisse un peu de temps pour écrire une petite session qui me trotte dans la tête depuis quelques temps, on n'a plus le temps de rien, ma pauv' dame.

Que voici, donc.

Mais vas au lay-up! 

Le jeu évolue sans cesse. Il suit des modes, poursuit des tendances, les prolonge à l’extrême, et puis quand on réalise qu’on est allé trop loin, ça reflue dans un autre sens. La grosse révolution des 20 dernières années, c’est bien sûr l’importance prise par le tir à 3 points, notamment au détriment du tir à mi-distance. Les Splash Brothers, et puis les Celtics, et aujourd’hui les Hornets, en sont les exemples les plus flagrants.

Dans cette prolongation à l’extrême d'un principe de jeu, une action de jeu se voit fréquemment depuis le titre des Celtics et ne manque pas de m'horripiler : un jour pénètre, se retrouve seul ou presque pour un lay-up, mais décide de ressortir pour un tir à 3 points ouvert.

L’idée est assez simple : 3, c’est plus que 2. Oui d’accord mais quand on va au-delà de ça, est-ce que c’est bien rentable comme approche.

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras (expression de jeune)

Pour réfléchir au bien fondé de ce type de stratégie, réfléchissons un peu en termes de réussite. Si Shai lit ces lignes, warning: il va y avoir des stats et des maths hyper avancées: des produits en croix (une croix, un jour de Pâques, si ce n'est pas cocasse #BlaguedeJesus).

Admettons que je sois vraiment tout seul au lay-up. Même un basketteur moyen et rouillé comme moi, je dirais que je suis à 90 % de réussite sur ce type d'action (en tout cas je devrais l’être:)). Ce qui donne en moyenne 1,8 point par lay-up. Pour avoir la même efficacité en ressortant mon ballon pour un tir 3 points ouvert, il faudrait que mon coéquipier soit au moins à 60 % de réussite sur le tir que je lui offre.

Si ma réussite au lay-up est de 70 %, mon coéquipier doit avoir une réussite à 3 points supérieure à 46,6 %.
Si je suis une brêle à 50 % sur lay-up tout seul, il lui faut une réussite à 3 points de plus de 33, 33 %.

Tout ça pour vous dire que oui, 3 c’est plus que 2. Mais que bon, il faut quand même avoir des sacrés shooters (ou des joueurs sacrément mauvais au lay-up) pour que ce genre d’action soit efficace.

Mais du coup, que nous disent les chiffres ?

En trainant un peu sur la page de stats avancées de NBA.com, en se focalisant sur les tirs à 3 points « Wide open » :
- Steph Curry, c’est 48,8 %
- Kon Knueppel, c’est 47 %
- Payton Pritchard est à 41,2 %

En termes d’équipe :
- les Nuggets sont 1er avec 42,9 %
- les Hornets ensuite avec 40,9 %

Si on se restreint aux joueurs qui ont plus d’un tir à trois points Wide Open par match (sur au moins 50 matchs), on obtient :
- Cam Spencer, 56,6 %
- Keyonte George, 50,6 %
- Tim Hardaway Jr, 50,3 %

Donc, si je suis un chercheur en économie recruté en 10-days contract par les Memphis Grizzlies, que par miracle je me retrouve seul sur un double pas, ressortir le ballon pour un tir à trois points tout seul de Cam Spencer, si mon pourcentage au double pas tout seul est inférieur à 84,9 %, la stratégie devient intéressante.

Tout ça pour dire 

Tout ça pour dire. D’abord, que les stats ne sont que des stats. À l’évidence, le sens du jeu, le contexte, le moment du match, le flow des joueurs, tout ça, tout ça, ce n’est pas dans les chiffres.

Ensuite, que cette stratégie que je trouve trop systématique chez certaines équipes de refuser des lay-ups ouverts pour des tirs à 3 points eux aussi ouverts n’est pas si efficace qu’elle n’y paraît.

Enfin, qu’un 2 tiens vaut souvent mieux que 3 tu l’auras, comme disent les jeunes.

Bon dimanche et attention aux excès de chocolat.

Refuser un lay up ouvert, c'est, en général, un excès de zèle des statisticiens :
Une approche analytics du jeu montrait, dès le départ, qu'un tir à 3 points rapportait plus qu'un long mid range, et à eu pour but d'éliminer ces derniers. En revanche, pas touche au lay up qui est le tir le plus rentable dans le jeu.
Et c'est très parlant dans les stats quand on compare la saison actuelle avec celle de 2005-06, 20 putains d'années plus tôt (on est tous vieux, soyons francs avec nous même...) :
A l'époque, 19,5% des tirs de toutes les franchises étaient des "long mid range" à l'époque, contre à peine 5% aujourdd'hui.
A contrario, la fréquence des trois points est passée de 9% à 26%.
Enfin, la fréquence au lay up est elle restée stable voir à un tout petit peu baissée, de 35% à 32%.

Petit fun fact, l'efficacité de l'ensemble de ces tirs a augmenté, au moins légèrement. Elle a même explosée pour les lay -p (59% à 64,7%). Je pense, mais je ne suis pas sûr, que cette évolution de l'efficacité est le fruit d'une sélection des tireurs plus drastique. Et c'est peut-être ça qui donne l'impression qu'un joueur "refuse" un lay-up : il n'a juste pas l'autorisation de le prendre si un joueur à haut pourcentage à 3pts est ouvert... (Parfois c'est aussi qu'il se monte tout un truc dans sa tête, et oui, je pense au pauvre Ben Simmons).

On pourrait aussi continuer l'analyse en creusant du côté du jeu des possessions. Un 3 points à 35% suivi, en cas d'échec, de 50% de chance d'avoir le rebond (pour les Rockets version Steven Adams) qui permet un tir à 64% et probablement plus rentable qu'un lay-up à 58-60%. Mais bon, pour ça il faudrait se lancer dans des calculs un peu plus costaud !

Bon agneau !
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Même à Boston et à Charlotte, la spéciale Babac pourrait-on dire, un joueur qui refuse un layup facile pour ressortir sur un 3pts ouvert, il l'a en n°1 dans les points négatifs dans la vidéo de debrief le lendemain.
Je te rassure, Philippe, ça rend aussi fou les coachs NBA. Encore plus ceux qui sont très portés sur les analytics.
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Complètement d'accord, ça me rend fou parfois de voir des mecs refuser le lay-up !
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