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Allen Iverson, sa conf de légende traduite en intégralité

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Allen Iverson fête ses 44 ans. L'occasion de se remémorer la conférence de presse la plus lunaire de l'histoire. "We're talking about practice"...

De nos jours, les joueurs NBA sont rompus à l'exercice des interviews et des conférences de presse. Si certains restent ouvertes et assez intéressants pour analyser leurs prestations ou évoquer des sujets d'actualité, l'immense majorité conserve un filtre et une retenue que n'avaient pas certains de leurs aînés. En mai 2002, Allen Iverson, 44 ans aujourd'hui, a donné une conférence de presse comme on n'en reverra très certainement plus jamais. Face à des journalistes au ton tantôt arrogant, tantôt interloqué ou compatissant, "The Answer" ne s'est pas contenté de railler l'importance de l'entraînement. La plupart des gens ne retiennent encore aujourd'hui que son célébrissime "We're talking about practice !" décliné sur plus de deux minutes.

Pourtant, entre sa relation avec Larry Brown, l'amour qu'il portait à Philadelphie, le drame personnel qu'il avait vécu quelques mois plus tôt et l'injustice qu'il a toujours ressenti vis à vis de son gabarit et du traitement de son cas par les journalistes, cette séance de questions/réponses est une véritable mine d'or. On l'a retranscrite pour vous dans son intégralité, en surlignant quelques unes des répliques les plus poignantes à nos yeux. L'ensemble peut paraître indigeste, mais on n'a pas voulu modifier la teneur et la saveur de ce moment culte de l'histoire d'Allen Iverson et de la NBA.

Allen Iverson : "Allez, on démarre, c'est parti".

Un journaliste : "Allen, dis nous comment l'année s'est finie sur le plan collectif ?"

AI : "On a perdu, mec. Il n'y a pas grand chose à ajouter à ça. On a perdu".

Un journaliste : De quoi avez-vous parlé avec Larry Brown ?

AI : "De tout. Je lui ai fait savoir que j'étais son pitbull et que si quelqu'un veut entrer par effraction, je serai le premier à mordre et à protéger le jardin. En gros, tout ce que je lui ai toujours dit".

Un journaliste : "Ce qu'il a dit sur toi l'autre jour ne t'a pas énervé ?"

AI : "Oui, clairement. Mais c'est ce qui arrive quand tu perds. La négativité entre en jeu. Je ne me nourris pas de ça et je n'ouvre pas ma bouche dans ces cas-là. Si le coach a des soucis avec moi, je pense que je peux essayer de contrôler certaines choses. Mais quand tu perds au 1er tour des playoffs après avoir été en Finales, tout le monde envoie des reproches à Allen Iverson. Dommage que je ne puisse pas répliquer..."

"J'ai le sentiment d'être le meilleur joueur du monde"

Un journaliste : "Avec Larry Brown, vous êtes sur la même longueur d'ondes ?"

AI : Oui, je n'ai pas de problème avec lui, je l'adore. Vous ne me croyez peut-être pas quand je vous dis ça, mais c'est vrai. Il m'a tellement aidé dans ma carrière et a fait de moi ce que je suis aujourd'hui... Sans Larry Brown, il n'y aurait pas de MVP du nom d'Allen Iverson. Il m'a aidé sur et en dehors du terrain. Quand on perd, toute cette merde arrive. Tout doit forcément être de la faute d'Iverson et Brown. C'est quelque chose que je dois réussir à gérer.  Vous me demandez pourquoi je ne suis pas le franchise player. C'est parce que je ne me sens pas franchise player. Regardez cette conférence de presse. Regardez de quoi on parle. J'ai le sentiment d'être le meilleur joueur du monde. Pourtant, les meilleurs n'ont pas à passer par des trucs comme ça. Les enfants des franchises players ne sont pas censés être interrogés à l'école sur le départ ou non de leur père, ou sur sa relation avec son coach. Ma fille a 7 ans et pourtant elle doit faire face à ça. Je sais que je vaux mieux que ça. Je fais tout ce que je peux pour cette ville, cette équipe, cette franchise et mes coéquipiers. Et je ne crois pas que quelqu'un dans le monde joue plus dur que moi. Je suis fatigué et vexé, vous savez. Tout le monde à Philadelphie sait que je veux être ici et rester un Sixer jusqu'à la fin de ma carrière.

Un journaliste : "Tu peux nous éclairer sur tes habitudes d'entraînement ? Vu qu'on ne peut pas y assister..."

AI : Si un coach dit que j'ai manqué un entraînement, c'est que c'est le cas. Je crois que je n'en ai raté qu'un cette année, mais ça suffit à ce qu'on en parle et qu'on dise que je ne m'entraîne pas. J'ai dit à Larry Brown qu'il n'avait pas besoin de donner une explication s'il voulait me trader. S'il considère que c'est une amélioration pour l'équipe, je peux comprendre ça. Mais les gens de Philadelphie méritent d'avoir un gagnant dans leur équipe.

Un journaliste : "Donc tu t'es brouillé avec Coach Brown à cause de l'entraînement ?"

Si je ne peux pas m'entraîner, je ne peux pas, c'est tout. Si je suis blessé, je suis blessé. C'est facile de faire des raccourcis quand on parle simplement de l'entraînement. On est ici, je suis censé être le franchise player, mais on parle d'entraînement. Je veux dire, écoutez, on parle d'entraînement. Pas d'un match, pas d'un match ! On parle d'entraînement ! Pas du jeu pour lequel je vais sur le terrain et suis prêt à mourir à chaque match comme si c'était mon dernier. On ne parle pas d'un match, mais d'entraînement. C'est complètement idiot, non ? Je sais que je suis censé être un exemple et tout ça. Je ne dis pas que ça ne sert à rien, je sais que c'est important. Vraiment. Honnêtement. Mais mec, on parle d'entraînement ! De quoi on parle ? D'entraînement ! On parle d'entraînement ! Tu viens souvent à la salle me voir jouer, non ?"

Un journaliste : "Absolument".

AI : Tu me vois donner tout ce que j'ai, non ?"

Un journaliste : "Absolument".

AI : Et pourtant on est en train de parler d'entraînement !"

Un journaliste : Mais, c'est un problème dont tes coaches parlent souvent...

AI : Ecoute, je vois ce que tu veux dire et je trouve ça marrant et étrange aussi. Mais on parle d'entraînement, pas du match pendant lequel ça compte...

Un journaliste : "Il est possible que si tu t'entraînes, non seulement toi, mais tes partenaires, serez meilleurs, non ?

AI : "Bon sang, mais comment est-ce que je peux rendre mes partenaires meilleurs en m'entraînant ?"

Un journaliste : "En les faisant s'habituer à jouer avec toi"

AI : Mais ils devraient avoir l'habitude, ce sont mes coéquipiers. Donc mon jeu va se détériorer parce que je ne m'entraîne pas avec eux ? Est-ce que mon jeu va empirer ? Je te le demande. Est-ce que mon jeu va s'améliorer parce que d'autres joueurs sont vexés au sein de l'équipe ? Est-ce que ça me touche si telle ou telle personne blessée ?

Un journaliste : "Tu n'en a pas autant besoin qu'eux, tu es la superstar.

AI : "Qu'est ce que tu veux dire par là ?"

Un journaliste : "Que tu es meilleur qu'eux et l'un des meilleurs joueurs en NBA".

AI : Alors pourquoi est-ce que l'on parle d'un éventuel trade ou d'un problème avec moi ? Tu te contredis. Si je suis une superstar, pourquoi tout cela se produit ? Pourquoi ma fille doit entendre ça ? Pourquoi est-ce qu'on se voit aujourd'hui ?

"On vous paye pour dire de la merde dans un micro, non ?"

Un journaliste : Parce que tu dis que ton coach et toi êtes sur la même longueur d'ondes mais qu'on a l'impression du contraire.

AI : On l'est. Mais je suis énervé pour une simple raison : je suis ici alors que j'ai perdu mon meilleur ami, que j'ai perdu en playoffs et que j'ai le sentiment que ma vie est en train de dégringoler. Je n'ai pas envie de vivre toute cette merde et de passer par là. Je veux être à Philly, j'adore être ici et je n'ai pas de problèmes avec le coach. Il m'en voudrait parce que je ne soulève pas de fonte ? Je ne sais rien à ce sujet parce que je suis toujours à l'entrainement. Je ne veux juste pas qu'on me fasse passer par ça parce qu'on a perdu. J'ai perdu, c'est vrai. On a tous perdu, mais aucun autre des mes coéquipiers ne doit répondre de ça. J'ai lu ce qu'a dit le coach et mes amis me parlent de certaines autres choses. J'accepte ça, mais merde, ça fait mal. Je dois devenir meilleur, c'est vrai. Mais les autres aussi. Pourquoi ne parle-t-on que de moi, parce que je gagne de l'argent ?

Un journaliste : "Parce que tu es le MVP"

AI : "Oui, je suis le MVP, mais pourtant je dois vous écouter me parle d'un trade. Les meilleurs basketteurs du monde jouent en NBA et je suis quand même le MVP de cette ligue, mais vous me faites vivre ça parce que j'ai perdu. Je ne peux pas tout gagner, je suis humain, comme vous. Peut-être qu'à vos yeux et à ceux des gens qui vous aiment vous valez mieux que moi, mais on n'est pas différents. Vous saignez comme je saigne. Vous pleurez comme jeu pleure. Mais je suis Allen Iverson et on me paye pour jouer au basket. Vous, on vous paye pour dire de la merde dans un micro, non ? On vous paye pour faire votre job.

Un journaliste : "Tu veux qu'on échange nos salaires ?"

AI : On te paye pour faire ton job. Je ne critique pas ta manière de faire ton job. Tu es humain et tu fais ce que tu as à faire. Je ne vais pas dire que je n'aime pas comment tu prononces tel ou tel mot.

Un journaliste : "Mais tu conçois qu'être critiqué fait partie du job, non ?"

AI : Je sais, je n'ai pas le choix.

Un journaliste : "Pourquoi crois-tu que le problème vient seulement du fait qu'on te parle d'entraînement ?"

AI : "Je n'ai pas dit ça. Je dis juste que c'est ce dont on est en train de parler".

Un journaliste : "Mais tu ne crois pas que les grands joueurs et les MVP doivent rendre les autres meilleurs ?"

AI : "Un MVP, c'est ce que je suis. Mais ça n'a rien à voir avec l'entraînement".

Un journaliste : "Les gars, il faudrait que l'on passe à autre chose"

AI : "Non, on continue. Laissez-le parler. Je suis énervé parce que je suis obligé d'être ici, ce n'est pas contre l'un d'entre vous, vous faites votre job..."

Un journaliste : Un journal te cite, expliquant que tu as dit que tu allais partir.

AI : "Mec, tu me connais depuis six ans. Tu crois que je veux partir d'ici ?"

Un journaliste : "J'ai vu la citation..."

AI : "Je t'ai posé une question"

Un journaliste : "Non, je ne crois pas".

AI : Personne d'autre n'en a parlé, donc...

Un journaliste : "Tu penses que tu vas rester ?"

AI : "Bien sûr que je vais rester".

Un journaliste : "Tu as demandé à ton coach si tu pouvais rester ?"

AI : "Si je lui ai demandé ? Je dois demander à mon coach si je peux rester ??

Un journaliste : "Demander à ne pas être tradé..."

AI : "Je ne vais nulle part et Larry Brown non plus".

Un journaliste : "Il t'a dit ça ?"

AI : Oui.

Un journaliste : "Pour tous les deux ?"

AI : Oui, tous les deux.

Un journaliste : "Comment se fait-il que vous ne vous soyez pas parlé le soir du dernier match ?"

AI : "Euh, parce ce que c'est comme ça ?"

Un journaliste : "Qu'est ce que tu peux faire cet été qui pourrait t'aider ?"

AI : "A mon retour, je serai le plus grand et le plus fort des bodybuilders au monde. Ça fera de moi le meilleur joueur de la planète. Si je reviens la saison prochaine en ressemblant à Arnold Schwarzenegger, vous me donnerez le titre de MVP automatiquement ou pas ? Faites-le, s'il vous plaît. Si je suis grand et fort, donnez moi le trophée.

Un journaliste : "Il faut le mériter"

AI : "Et pourquoi ? J'ai bien remporté le titre de MVP en étant petit comme c'est pas permis. Dites moi ce que vous voulez que je fasse ?"

Un journaliste : "Certains suggèrent, et j'en fais partie, qu'au lieu de shooter à 40% tu pourrais..."

AI : "Qu'est-ce que tu connais du basket ? Tu as déjà joué ?"

Un journaliste : "Oui".

AI : "Je ne sais pas mec, je ne te connais pas comme joueur de basket, juste comme journaliste. Je n'ai jamais entendu parler de toi sur le terrain.

Un journaliste : "C'est un problème ?"

AI : "Oui, c'est un problème parce qu'on est en train de parler de basket".

Un journaliste : "Laisse-moi poser ma question".

AI : "Je t'en prie, Phillip".

Un journaliste : "Supposons que tu te mettes à shooter à 44%..."

AI : "Je ne sais pas, c'est entre les mains de Dieu. Je ne sais pas si ça m'aiderait ou non. Dieu décidera si c'est mieux que je shoote comme ça, pas vous. Il va gérer ça".

Un journaliste : "Tu as le contrôle de ton corps ?"

AI : Dieu a plus de contrôle que moi dessus. Sur le votre aussi. Peu importe ce que vous mangez, si vous faites de l'exercice ou non. Si Dieu dit que vous êtes fini, vous êtes fini".

Un journaliste : "Je crois que tu as confondu deux problèmes différents"

AI : "OK, j'ai confondu deux problèmes. Désolé".

Un journaliste : "Pourquoi est-ce que ça te blesse, cette histoire de trade ?"

AI : "Ça me blesse que ce soit un sujet. Ça n'a rien à voir avec le fait d'aller en Finales ou non. Tous les autres soldats de l'équipe vont profiter de leur été et moi je dois écouter Phil me parler de cette merde. Je devrais être avec ma famille, en train de m'éclater. Mais c'est ma vie... Je sais que je ne fais pas tout bien, beaucoup de merde même, mais je suis humain. Les gens se demandent ce qui peut me rendre meilleur sur le terrain. Mais j'essaye déjà d'être meilleur. La seule différence entre nous, c'est que je suis Allen Iverson et que je suis assis de ce côté de la salle."

Vous voulez vous débarrasser d'Allen Iverson, soit, mais n'assassinez pas sa personnalité

Un journaliste : "Des gens disent que si on parle autant d'un trade, c'est parce que tu es le seul atout de cette équipe"

AI : "Pourquoi est-ce qu'on se séparerait d'un atout ? Vous me qualifiez de MVP, le monde aussi, alors pourquoi se débarrasser de moi ? Si ça doit rendre l'équipe meilleure, OK, je gagnerai peu importe où j'irai. Je suis en NBA depuis 6 ans et je crois depuis 6 ans que je suis le MVP. Pourtant, ça ne regarde pas que moi, il y a d'autres joueurs. Simplement, c'est moi qui doit prendre les coups. J'irai à la guerre pour Philadelphie. A chaque lancer de ballon, je me battrai. Je vais faire de la merde, mais aussi des trucs bons. Michael Jordan est le meilleur joueur du monde, mais il n'a pas tout bien fait à chaque fois. Il a essayé, c'est tout ce que l'on peut faire".

Un journaliste : "Pourquoi aimes-tu Larry Brown ?"

AI : "En tant qu'homme, je l'adore. Le coach, c'est différent.

Un journaliste : "Est-ce que tu l'aimes comme coach ?"

AI : "Combien de fois dois-je le répéter ? Je l'aime en tant que coach. Je n'en connais pas de meilleur. C'est mon gars, mais on n'est pas aussi proche que ce que je pensais. Quand vous lui avez parlé de moi, il n'aurait pas du faire de commentaires. Si vous voulez vous débarrasser d'Allen Iverson, soit. Mais n'assassinez pas sa personnalité. Virez-le juste. Si c'est pour rendre l'équipe meilleure, OK. Mais ne dites pas qu'il faut le trader parce qu'il ne vient pas aux entraînements, qu'il est en retard, etc..."

Un journaliste : "Peut-être que Larry Brown essaye de te motiver ?"

AI : Me motiver, mais comment ? Je veux juste gagner un titre. Je suis là depuis 6 ans et je n'ai aucune bague. Simplement des récompenses individuelles qui ne veulent rien dire. Meilleur marqueur, All-Star, dans l'équipe-type de la ligue, ça ne sert à rien. OK, je pourrai dire à mon fils que j'ai été All-Star à une époque, mais je n'ai rien gagner.

Un journaliste : "Tu penses que c'est fini, qu'on ne te parlera plus de tout ça ?"

AI : Je l'espère. Je suis inquiet que ma fille doive vivre ça. Elle a 7 ans. Vous imaginez si votre fille devait constamment entendre les gens dire du mal de son père ou de sa mère ? Vous vous sentiriez comment ? Je sais que ceux qui ont des enfants comprendront. Elle est revenue l'autre jour en me disant : "Papa, une fille dans ma classe a dit qu'ils allaient te transférer". Tout ça pour un match, un putain de match. Beaucoup d'entre vous ne peuvent pas se mettre à ma place, vous ne pourriez pas assumer. Essayez une minute, même pas un putain de jour entier, de gérer ce que j'ai à gérer dans ma vie. Mon meilleur ami est mort et mon équipe a perdu. Voilà ce que je dois gérer cet été. C'est ma vie, en gros. Maintenant, rentrez tous chez vous et vivez votre belle et adorable vie. Profitez-en à fond".

Allen Iverson sur le practice